L’Etat raciste juif

Les Palestiniens sont des bêtes qui marchent sur deux pattes (1). A peine des hommes, je vous dis ! » Quand, en 1982, Menahem Begin (2) prononça ces fortes paroles à la Knesset, ses collègues députés applaudirent chaleureusement la clairvoyance de son jugement. Il n’était pas, loin de là, le premier à afficher ainsi son mépris pour les êtres humains originaires du pays conquis.

 

Israël

Il y avait déjà une bonne cinquantaine d’années que les leaders sionistes considéraient les Palestiniens comme des sous-hommes : Chaim Weizmann (3), premier président d’Israël, n’avait pas hésité, par exemple, à déclarer : « Les Britanniques nous ont dit qu’il y a là quelques centaines de milliers de nègres et qu’ils n’ont aucune valeur (4) ». Yizhak Shamir (5), premier ministre, proclamait également sa haute considération de l’être humain : « Les Palestiniens seront écrasés comme des sauterelles… leurs têtes éclatées contre les rochers et les murs » (6). De son côté, Ehud Barak prévenait déjà, il y a plus de dix ans, la population israélienne que « Les Palestiniens sont comme les crocodiles, plus vous leur donnez de viande, plus ils en veulent » (Jerusalem Post du 30 août 2000) (7). Le grand rabbin Yossef Ovadia y va aussi de son exhortation (12 avril 2001) : « Puisse le Nom Divin répandre le châtiment sur les têtes arabes, et faire égarer leur semence et les annihiler ! Il est interdit d’avoir pitié d’eux ! Nous devons leur lancer des missiles avec joie et les exterminer. Ils sont malfaisants et damnés ! » Un autre rabbin, Yitzhak Ginsburg, affirme que « Le sang juif et le sang des goys (non-­juifs) ne sont pas les mêmes, » et que « tuer n’est pas un crime si les victimes ne sont pas juives (8). » Sans oublier Avigdor Lieberman (9), ministre des Affaires étrangères, qui proposait, en 2009, d’appliquer à Gaza « Ce que les Etats-­Unis ont fait au Japon à la fin de la seconde guerre mondiale ». Autrement dit, y larguer une bombe atomique. Quant à Eli Yishai, ministre de l’Intérieur du gouvernement actuel, qui mène une véritable chasse aux émigrés africains, il déclare, en juin 2012 : « J’utiliserai tous les moyens pour expulser les étrangers, car Israël appartient à l’homme blanc ! (10) ». Ce discours sur la pureté de la race ne vous rappelle rien ?


Il serait illusoire de croire que cette xénophobie se limite à quelques leaders politiques ou religieux fanatiques. Comme en témoigne un sondage publié, en octobre 2012, par le quotidien israélien « Haaretz », c’est à tous les étages de l’Etat que le mal s’est installé (11).


42 % des juifs refusent d’habiter dans le même immeuble que des Arabes israéliens et ne veulent pas que leurs enfants aillent à l’école avec des enfants d’origine arabe.
33 % voudraient que l’Etat instaure une loi interdisant aux citoyens arabes de voter aux élections législatives.
69 % sont opposés à l’idée du droit de vote pour les Palestiniens si Israël annexe la Cisjordanie.
74 % sont favorables à des routes séparées pour Israéliens et Palestiniens en Cisjordanie.
58 % sont conscients du régime d’apartheid en vigueur à l’encontre des Arabes, mais l’approuvent (12).
Rien d’étonnant quand on sait que, dès la petite enfance, le système éducatif israélien tend à favoriser la ségrégation et à convaincre le citoyen qu’il appartient à un « peuple élu », victime permanente de l’antisémitisme, mais protégé par « l’armée la plus morale du monde (13) ». « Les manuels scolaires israéliens correspondent à toutes les catégories du discours raciste, à la fois verbal et visuel ». Accusation antisémite ? Non, c’est l’avis de Nurit Peled-Elhanan, professeure israélienne spécialisée dans l’éducation à l’Université hébraïque de Jérusalem (14). Dans son dernier ouvrage « La Palestine dans les manuels scolaires israéliens : Idéologie et Propagande dans l’Education (15) », elle précise que la quasi-totalité des sujets contenus dans les programmes israéliens d’enseignement sont imprégnés d’un nationalisme exacerbé.

Exemples de règles à suivre dans un nouveau guide pour la préparation aux examens en éducation civique dans les université israéliennes : les filles israéliennes doivent rester à l’écart des Palestiniens, parce que « les jeunes arabes constituent une menace pour la vie des jeunes filles » et que « les relations entre les jeunes hommes arabes et les jeunes femmes juives représentent une menace pour la majorité juive dans le pays ». Un nouveau programme, « Derekh Erekh » (Chemin des Valeurs) va être mis en pratique en 2012, afin d’inculquer le sens du devoir et de l’allégeance à lʼEtat. Il vise, en priorité, à renforcer les liens entre les écoles israéliennes et lʼarmée. « Les enseignants sont des appelés tout au long de leur vie ! » a déclaré le ministre de lʼEducation, Gideon Saar, en présentant ce programme.

Pour tenter d’amenuiser la mauvaise image qu’engendre cette politique pédagogique, les officines occidentales de propagande publient journellement des articles scandalisés sur la militarisation des jeunes Palestiniens. Quelle est la réalité ? Faute d’argent, l’UNRWA (ONU) a renoncé, en 2012, à l’organisation des camps de vacances pour les jeunes de la bande de Gaza. Le Hamas a tenté de suppléer à cette défaillance et a mis sur pied des camps qui offrent une occupation à une minorité d’enfants et d’adolescents. Ces camps ont indéniablement certains aspects militaristes (exercices de type commando, notamment) et la formation politique à la résistance contre Israël y est présente au travers de slogans comme « Une main tient un stylo et l’autre un fusil » ou « Une main étudie et l’autre lutte contre Israël (17). Même limitée à quelques camps de la bande de Gaza, cette initiative est sans aucun doute attristante, mais elle est sans commune mesure avec l’ampleur de la politique militariste de l’Etat d’Israël, générale et bien plus dangereuse : les armes ne sont pas en plastique dans les formations des petits israéliens et les balles qu’on leur fait tirer sont bien réelles.

L’étude de Nurit Peled-Elhanan fait ressortir le véritable lavage de cerveau qui est pratiqué dans les écoles israéliennes (18). Jamais les Palestiniens n’y sont présentés comme des êtres humains, mais comme un « problème » -le mot « palestiniens » n’est même jamais utilisé– et sont qualifiés d’êtres primitifs aux pratiques tribales et archaïques, toujours « hostiles », « agresseurs » ou « terroristes ». La glorification du régime est permanente : « Personne ne peut comprendre notre situation mieux que nous » est l’argument avancé pour expliquer aux élèves pourquoi le Droit International nʼest pas applicable à lʼEtat dʼIsraël. Comment s’étonner qu’avec une telle « pédagogie », les jeunes soldats israéliens se comportent ensuite comme des dresseurs de fauves aux « check-points » ou que les jeunes colons « cassent de l’Arabe » sans état d’âme et tirent sur les villageois palestiniens comme au joyeux temps du Far West ?

Le texte qui suit suffit largement à toucher du doigt cette réalité qui fait frémir tout humaniste. Zvi Ba’rel, journaliste senior au quotidien « Haaretz » l’a écrit après le lynchage, à Jérusalem, de Jamal Julani, un jeune Palestinien, par une bande d’adolescents israéliens dont l’un déclara qu’il « pouvait bien mourir, cela m’est égal, puisque c’est un Arabe », pendant que des dizaines de badauds et les policiers regardaient la scène sans réagir (19). La « littérature » israélienne incitant à la haine des Arabes date de bien avant l’occupation. La série de livres enfantins « Danidin », de Shraga Gafni, est truffée d’illustrations et d’expressions qui balisent le terrain pour le développement de la haine anti­Arabe. La collection « Mikraot Yisrael » (« Lecteurs israéliens »), qui a servi à l’apprentissage de centaines de milliers d’enfants israéliens, est elle aussi bourrée de termes incitant à la haine. Nous avons des gens qui passent pas mal de temps à surveiller le contenu des ouvrages scolaires publiés par l’Autorité Palestinienne.

Mais on ne ressent pas la nécessité de lister toutes les recettes visant à développer la haine de l’­Arabe dont on nous a nourris, et qui ont fait ensuite leur propre chemin en nous. Alors, on est tenté de venir en défense de ces criminels de Jérusalem, dont le « seul crime », si l’on y réfléchit, a été de mettre en pratique la pédagogie israélienne et son éthos de « Mort aux Arabes » qui leur ont été enseignés. Cette mentalité continuera d’être partie intégrante de l’identité nationale juive‐israélienne, quand bien même l’occupation cesserait demain matin. Et cela, parce que notre « Mort aux Arabes » n’est pas cette haine « classique » vis-­à‐vis de quelqu’un qui est différent. Il n’est pas non plus l’infâme mot d’ordre des gangs adeptes de ce qu’ils appellent les «  représailles ». Ce n’est pas non plus la même chose que la xénophobie ou la crainte du musulman, qui se retrouvent dans le racisme européen. Chez nous, la haine de l’Arabe fait partie des manifestations de la loyauté et de son identité qu’un citoyen juif doit apporter à l’Etat. Un Israélien loyal est un Israélien qui laissera mourir un Arabe, parce que ce dernier « est un Arabe ». Et si une personne n’est pas comme cela, c’est bien connu, « c’est parce qu’elle couche avec les Arabes ».

Que répondre à ce vieux journaliste patriote ? Quand un système éducatif conduit des citoyens à lyncher d’autres citoyens sans susciter de protestation ni de condamnation unanimes, il faut bien reconnaître que l’on se trouve en face d’un système fasciste. Il ne faut pas se voiler la face : ce qui se passe en Israël n’est en rien un racisme circonstanciel ou limité à une minorité, tel qu’on peut le subir dans la plupart des pays occidentaux, mais l’application méthodique d’une idéologie propagée par les leaders sionistes et consubstantielle de tout le système politique et éducatif (20). Comme en témoigne les observations de la sociologue Eva Illouz, professeur de sociologie à l’Université hébraïque de Jérusalem, même les institutions judiciaires n’échappent pas à la xénophobie : « Les Arabes d’Israël (20 % de la population) sont certes des citoyens, mais leur citoyenneté est un simple fait administratif, pas une forme de participation active à la culture, à la politique et à l’économie d’Israël (21) ». Les sionistes rabiques auront beau pousser des cris d’orfraie (22), le terrible constat est là : la société israélienne actuelle est gangrénée par « la bête ».

La “Loi Fondamentale“ –comme on le sait, Israël n’a pas de Constitution, ce qui aurait, notamment, impliqué de fixer une limite territoriale– proclame qu’il s’agit d’un Etat juif. La nouvelle loi que Netanyahu et Lieberman veulent instaurer obligera chaque citoyen, qu’il soit laïc, chrétien ou musulman, à faire serment d’allégeance à l’identité juive de l’Etat, sous peine d’expulsion. Théocratie mariée à Démocratie. Union de la carpe et du lapin, non ? De nombreuses voix se sont heureusement élevées contre ce projet qui, « en se définissant sur une base ethnique ou religieuse, instaure des discriminations institutionnelles entre ses citoyens fondées sur l’origine ou la religion (…). La reconnaissance d’Israël en tant qu’ »Etat juif » par un Etat tendrait à conforter la prétention d’Israël à représenter les citoyens juifs d’autres Etats, et à valider pour longtemps différents types de discrimination pour les citoyens israéliens non reconnus comme « juifs ». On peut craindre aussi que la reconnaissance d’Israël comme « Etat juif » ne donne des bases internationales légales à un régime d’apartheid, au cas où Israël continuerait et étendrait sa politique de colonisation de toute la Cisjordanie, en niant les droits nationaux du peuple palestinien (23) ».

Quelques particularités de ce régime prétendument démocratique : 
La carte d’identité israélienne comporte des mentions différentes selon que vous êtes juif ou arabe.
Seul le mariage religieux juif a valeur d’Etat Civil (celui d’une autre religion, est seulement “reconnu“).
La population des territoires “annexés » en 1967 n’a pas de statut de nationalité et les civils non-juifs peuvent être “jugés“ par des tribunaux militaires.
La discrimination ethnique à l’embauche est générale pour le 1,2 million de Palestiniens de nationalité israélienne.
La Justice est discriminatoire. Un Israélo-palestinien est systématiquement condamné à une peine plus lourde qu’un citoyen catalogué comme juif (24).
Les terres ancestrales des Bédouins du Néguev ont été confisquées. Israël les a parqués dans une petite région, le triangle du Siyag (Beersheva, Dimona, Arad) et confinés dans des townships (25).
Seulement 2 % des terres peuvent être achetées par les “israélo-palestiniens“ car une loi autorise l’Agence juive à s’opposer à la vente aux non-juifs (26).Etc.

Toutes ces pratiques discriminatoires et servitudes appartiennent bien plus à un régime autoritaire et raciste qu’à ce que nous appelons la démocratie, non ? Comment peut-on accepter de cet État ce que nous condamnons pour d’autres pays et trouverions inacceptable dans le nôtre ?
Comme l’écrit l’Israélien Amnon Be’eri-Sulitzeanu, Directeur adjoint des « Abraham Fund Initiatives » : « En 2010, la ségrégation entre juifs et Arabes en Israël est presque absolue. Pour ceux d’entre nous qui vivent ici, c’est quelque chose qui va de soi (27) ».
Le « Tribunal Russell pour la Palestine » (Cape Town, novembre 2011), qui réunissait d’éminents juristes internationaux pour juger de l’existence, ou non, d’un régime d’apartheid en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, a conclu qu’ »Israël soumet le peuple palestinien à un régime institutionnalisé de domination considéré comme apartheid en vertu du droit international. Ce régime discriminatoire se manifeste sous une intensité et des formes variables à l’encontre de différentes catégories de Palestiniens, selon le lieu de résidence. Les citoyens palestiniens d’Israël, bien que jouissant du droit de vote, ne font pas partie de la nation juive en vertu du droit israélien et sont dès lors privés des avantages découlant de la nationalité juive et soumis à une discrimination systématique touchant une vaste gamme de droits de l’homme reconnus (28).

S’il y en a qui doutent encore de l’existence du régime d’apartheid, il n’y a qu’à entendre Bentzi Gopstein, président de l’association Lehava qui a lancé une campagne choc pour sensibiliser les parents israéliens aux dangers des mariages mixtes : « Il faut mettre en garde les parents contre les dangers d’envoyer leurs filles au service militaire avec les Arabes ou de les laisser travailler avec eux (…). Travailler avec des Arabes crée un véritable risque d’assimilation, c’est pourquoi nous encourageons le travail juif (…). Nous continuons la tradition de Ben Gourion, et nous sommes décidés à renforcer ceux qui n’emploient que des juifs (29) ». Un certain Anders Breivik a tué 77 jeunes Norvégiens qui avaient le tort, selon lui, de préconiser l’assimilation.

Comme le stigmatisait, une fois de plus, le rapport de « Human Rights Watch » de décembre 2010 : « Les Palestiniens sont victimes de discrimination systématique en raison de leur race, de leur origine ethnique et nationale, en conséquence de quoi ils sont privés d’électricité, d’eau, d’écoles et de routes, alors que les colons juifs de leur voisinage bénéficient de tous ces services publics ».
D’autres discriminations encore :
Routes interdites aux non-juifs. L’exemple le plus connu est celui de la Route 60 qui, du nord au sud, cisaille la Cisjordanie en deux.

Restrictions à la circulation par des contrôles humiliants (en 2008, selon un rapport publié par le centre d’information israélien B’Tselem, on recensait déjà 459 barrages et 66 check-points en Cisjordanie).
“Loi de l’absence“ qui permet de s’approprier la maison du non-juif que l’on a fait fuir.
Privation de l’eau dans les territoires palestiniens (70 litres/jour contre 300 litres/jour pour les Israéliens).
« Filtrage » des étudiants arabo/israéliens par la sûreté israélienne (Shabak) pour les exclure des universités.
Emprisonnement illégal, selon le droit international et la loi israélienne, d’enfants âgés de moins de 14 ans accusés de jets de pierre (30).

Loi « anti-boycott » de 2011 qui interdit toute liberté d’expression, même non-violente, contre la politique israélienne (32). Etc…

Déjà, avant la création d’Israël, les leaders sionistes avaient collaboré avec le régime nazi (33). Depuis, l’État d’Israël n’a cessé d’apporter son soutien actif à divers régimes bien connus pour leur autoritarisme et a été agissant dans certaines opérations peu glorieuses pour les États qui les ont perpétrés.

Quelques exemples, pour mémoire : 
Collaboration militaire avec le régime raciste d’Afrique du Sud, notamment pour le développement de l’arme nucléaire. Accueillant John Vorster (34), premier ministre dans les années 1975, Yitzakh Rabin (35) portera un toast « aux idéaux communs à Israël et à l’Afrique du Sud, deux pays qui affrontent une brutalité et une instabilité inspirées par l’étranger « .
Collaboration du Mossad (36) dans l’assassinat de Ben Barka sous la dictature de Hassan II (37).

Shimon Peres (38).
Assistance à la fondation de la « Savak » (police politique du Shah d’Iran) et soutien technique du Mossad dans la formation des « interrogateurs ».
Collaboration avec diverses dictatures latino-américaines (Pinochet au Chili, Stroessner au Paraguay), etc…
Ces corruptions et collaborations avec des pouvoirs autoritaires ne sont pas à classer aux archives. Elles n’ont jamais cessé et se développent toujours comme en témoigne, entre autres, Richard Wagman, Président d’Honneur de l’Union Juive Française pour la Paix (39).
Pas un régime fasciste ? C’est pourtant ainsi que les quelques trente intellectuels juifs, dont Hanna Arendt et Albert Einstein, citoyens des Etats-Unis, qualifièrent le sionisme dans le célèbre article du New-York Times de 1948 (40). Les trois principales caractéristiques du fascisme, nationalisme, autoritarisme et ethnocentrisme, correspondent bien au régime israélien actuel qui prône un État “ethniquement pur“. La déclaration de Lieberman “nous allons faire d’Israël un Etat ethniquement homogène ! (41) » ne laisse aucun doute sur ses intentions. Il revendique implicitement son droit d’opprimer les Israéliens-arabes et les habitants des territoires occupés, de pratiquer l’apartheid, et affirme son élitisme de “peuple élu“. Dans cette perspective, certaines colonies israéliennes organisent des activités qui ressemblent furieusement aux méthodes d’endoctrinement de la jeunesse mussolinienne. Ne manquent plus que la chemise noire et le foulard bleu. Une des plus connues est le centre « Caliber3″ (colonie de Gush Etzion en Cisjordanie occupée), dirigé par d’anciens militaires. Depuis plusieurs années il offre une « expérience touristique unique et excitante » : apprendre à tirer « comme de vrais soldats, connaître les techniques terroristes et apprendre à y faire face (42) ». Selon le quotidien « Yediot Ahranot » des centaines de touristes, la plupart venant des Etats-Unis, affluent chaque année vers Gush Etzion pour suivre des cours sur la liquidation de Palestiniens en carton. Comme le déclare un des dirigeants de « Caliber3″ : “Nous combinons ainsi les valeurs du sionisme avec l’excitation et la jouissance du tir, qui rend l’activité plus significative (43).

Nurit Peled-Elhanan (44) témoigne (extrait du discours du 9 juin 2012) (45) : « Vingt-­cinq projets de lois racistes ont été soumis et plus de dix lois racistes ont été votées cette année, et à peine une poignée de citoyens juifs sont descendus dans la rue. Plus de 300 personnes emprisonnées sans procès ont entamé une grève de la faim absolue pendant deux mois et plus, et à peine une poignée de citoyens juifs sont descendus dans la rue. Des milliers d’enfants ne vont pas à l’école à Jérusalem-­Est parce que le ministre juif de l’Education n’ouvre pas les classes et parce que la loi raciste de citoyenneté fait d’eux des citoyens de nulle part et personne ne descend dans les rues. La séparation des familles, l’expulsion des habitants, la confiscation des terres, les enfants tirés de leur lit et interrogés cruellement, les familles expulsées de leurs maisons et jetées à la rue, les fermiers torturés par des brutes portant Kippa agissant sous la protection de l’armée et sous les ordres du gouvernement –et à peine quelques-­uns descendent dans la rue. Voilà le sommet de la réussite du mouvement sioniste. L’Etat d’Israël qui a été déclaré officiellement comme un Etat d’apartheid se distingue par ce qui a toujours été la méthode la plus typique et la plus aboutie du racisme : la classification des êtres humains ».

Tous les témoignages et analyses le démontrent : Israël est bien un Etat gangréné par le racisme et pratiquant une politique d’apartheid envers les citoyens d’origine palestinienne. Les medias sionistes occidentaux les plus à droite tentent évidemment d’occulter cette réalité nauséabonde (« C’est seulement une forte minorité » ou « une majorité d’Américains le sont aussi. Comme tous les peuples du monde, en fait »), ou essayent de détourner la critique vers une autre ethnie (« Et que dire du sort que les Arabes réservent à leurs minorités ethniques ou religieuses »). D’autres medias, également sionistes, accusent les partis israéliens de droite d’être les seuls responsables de cette dérive, tout en la minimisant et excluant toute dénonciation du régime.

Par ailleurs, il faut bien constater l’apathie de trop d’organisations occidentales sympathisantes de la paix. Si elles organisent volontiers des manifestations locales contre le racisme et l’antisémitisme –et on ne peut que soutenir ces initiatives– la mise en accusation claire du régime actuel d’Israël pour propagation de doctrines racistes et pratiques ségrégationnistes n’est pas à la « Une » de leurs activités. Il est désolant aussi de voir certains progressistes de culture juive s’offusquer dès qu’on aborde de front le thème du racisme imprégnant le mouvement sioniste depuis les années 1930 jusqu’à la création d’Israël et la politique de nettoyage ethnique toujours en vigueur. Il leur est difficile d’admettre que le racisme est si profondément enraciné dans la société civile israélienne qu’il la rend complice des pratiques xénophobes de ses dirigeants. Ils s’arc-boutent souvent aux dogmes et aux mythes (46) et les accusations pleuvent alors (antisémite, négationniste…) sur des gens dont le seul crime est de militer pour les droits de l’homme, la justice.
Heureusement, outre les milliers de protestataires de par le monde, de plus en plus de journalistes et de citoyens israéliens rejettent une telle idéologie et tentent de conscientiser leurs concitoyens pour rejeter un régime qui a une telle vision de l’humanité. S’ils sont minoritaires actuellement, ils portent l’espoir. Qu’on ne s’y trompe pas, il n’est en aucune façon question d’accuser l’ensemble des Israéliens de racisme, pas plus qu’il n’était question d’accuser l’ensemble des Sud-Africains, Allemands, Belges ou Français à d’autres époques. Seuls les dirigeants politiques et religieux qui propagent cette idéologie et qui enseignent le mépris de l’être humain doivent être dénoncés. C’est cette machine de « décervelage » qui doit être extirpée.

Il y a déjà plus de dix ans, Nelson Mandela écrivait « La discrimination raciale d’Israël est la vie quotidienne de la plupart des Palestiniens (…). L’apartheid est un crime contre l’humanité. Israël a privé des millions de Palestiniens de leur liberté et de leur propriété. Il perpétue un système de discrimination raciale et d’inégalité. Il a systématiquement incarcéré et torturé des milliers de Palestiniens, en violation du droit international. Il a déclenché une guerre contre une population civile et en particulier contre des enfants (47) ». Les paroles de Madiba sont malheureusement, toujours d’actualité.

Quand donc les responsables politiques européens oseront-ils affronter la réalité, au lieu d’imiter les trois petits singes ? Croient-ils vraiment qu’à force de ne rien vouloir voir, ne rien vouloir entendre et ne rien vouloir dire, ils ne collaborent pas avec l’oppresseur ? Croient-ils vraiment qu’en protégeant et commerçant avec un pays raciste pratiquant le nettoyage ethnique, ils aideront à le rendre démocratique ?
Il n’est pas correct de parler de « conflit israélo-palestinien ». La conquête de l’ouest américain était-elle un « conflit européo-indien » ? La colonisation du Congo un « conflit belgo-africain » ?
Rudi BARNET

(1) Discours à la Knesset (25 juin 1982), cité par Amnon Kapeliouk dans « Begin et les bêtes » (New Statesman).
(2) Bielorusse d’origine, il émigra en Palestine en 1943. En 1946, comme chef de l’Irgoun, il coordonna l’attentat de l’hôtel King David (92 morts). Premier ministre d’Israël de 1977 à 1983.
(3) Biélorusse émigré en Angleterre (sujet britannique en 1910). A la tête de l’Organisation Sioniste Mondiale en 1920, il s’installa en Palestine en 1937.
(4) Cité par Arthur Rupin (The Central Zionist Archives in Jerusalem, Office of Arthur Ruppin (S55), Personal papers (A107).

(5) Natif de Biélorussie (son nom d’origine : Yezernistky) collabora avec le régime nazi, responsable de la mort d’un grand nombre de civils et du médiateur de l’ONU.
(6) Discours aux colons, cité dans le « New York Times » du 1 avril 1988.
(7) Général d’armée et premier ministre de 1999 à 2001, principal responsable de l’accroissement des implantations de colonies en Cisjordanie.
(8) « Jerusalem Post » du 19 juin 1989.
(9) Moldave d’origine (Evik Lvovitch Liberman), fondateur et dirigeant d’un parti d’extrême-droite, arrivé en Israël en 1978.

(10) Dans une entrevue au quotidien « Maariv » du 3 juin 2012.
(11) Résultats d’un sondage pour « Yisraela Goldblum Fund » (Gidéon Lévy dans « Haaretz » du 23 octobre 2012).
(12) Les officines sionistes n’ont pas manqué de tout faire pour décrédibiliser « Haaretz » (voir « JSS News » du 31 octobre 2012).
(13) Voir la vidéo israélienne  » Un samedi au Musée » http://www.youtube.com/watch?v=Lr1NiHJEF_I

(14) Fille de général et mère d’une adolescente de 14 ans morte dans un attentat suicide palestinien. Prix Sakharov 2001 et une des promotrices du « Tribunal Russell Palestine ».
(15) « Palestine in Israeli School Books : Ideology and Propaganda in Education (Library of Modern Middle East Studies, 2012).

(16) Exposition « New Profile » (UPJB 30 septembre 2012).
(17) « Les jolies colonies de vacances du Hamas » sur « JForum » (9 août 2012).
(18) Par contre, pas de racisme dans les manuels scolaires financés par l’l’Union européenne pour les enfants palestiniens.

(19) Dans http://www.haaretz.com/opinion/a-good-jew-hates-arabs.premium-1.459832

et « Israël secoué pare un lynchage… » par Hélène Sallon (« Le Monde » du 31 août 2012).
(20) « Palestine in Israeli School Books » de Nurit Peled-Elhanan, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem.
(21) « Israël : Justice ou tribalisme » dans « Le Monde » du 4 novembre 2012.
(22) « Le Monde accuse Israël et Israéliens de n’être pas régis par les normes morales universelles » dans «  http://www.europe-israel.org/

(23) Pascal Lederer, Une Autre Voix Juive (http://uavj.free.fr/UAVJtxt47.htm).
(24) Voir le cas (Haaretz du 12 juillet 2012) de l’assassinat de Hussam Rawidi dont le meutrier a écopé d’une peine légère, alors que « Si le meurtrier avait été arabe et la victime juive, il aurait été condamné à la prison à vie. Il n’y a que dans les tribunaux israéliens que la vie d’un Arabe ne vaut que 5000 shekels. » (Yariv Oppenheimer, Peace Now).
(25) Le plan « Prawer » (du nom d’Ehud Prawer, directeur de la Division des politiques de planification de Benjamin Netanyahu) prévoit le déplacement forcé de 70000 citoyens Bédouins de leur terre héréditaire et la destruction de 35 villages anciens qu’Israël a décidé de classer « illégaux ».

(26) The Inequality Report (Katie Hesketh, Adalah, mars 2011).
(27) Ha’aretz du 20 octobre 2010.
(28) Texte complet et commentaires peuvent être trouvés sur les divers sites web du « Tribunal Russell pour la Palestine » (http://www.france-palestine.org/ /http://www.russelltribunalonpalestine.com…/).(29) Interview dans « Israël Magazine du 22 juillet 2012.
(30) Rapport de B’tselem de juillet 2011.
(31) Rapport « Children in military custody », juin 2012 du « Foreign & Commonwealth Office » de Grande-Bretagne.
(32) « Demain on interdira les appels à la fin de l’occupation ou en faveur de la fraternité entre juifs et Arabes » (Gideon Levy dans « Haaretz »).
(33) Lire « Mémento 1 : Le génocide nazi n’est pas mon affaire ».
(34) Chef local d’une organisation afrikaner pro-nazie, il fut emprisonné par les Britanniques pendant la guerre de 1939/1945.
(35) Général et premier ministre, assassiné en 1973 par un extrémiste sioniste. Il est un des responsables du massacre de 250 civils et de l’expulsion des 19000 habitants de Lydda en 1948 (« Palestine 1948 de Yoav Gelber). Conjointement avec Shimon Peres et Yasser Arafat, prix Nobel de la Paix 1994.
(36) Agence de renseignement, correspondant à la CIA des USA, dépendant directement du premier ministre. Responsable d’un grand nombre d’assassinats et d’actes terroristes.
(37) Shmouel Seguev Le lien marocain , Editions Matar (Israël).
(38) Originaire de Bielorussie (Szymon Perski), il fut un des dirigeants de la Haganah et est considéré comme le « père » des forces nucléaires israéliennes.
(39) « Le gouvernement israélien, de la corruption à la guerre » dans « Rue 89″ du 28 avril 2010.
(40) New York Times du 2 décembre 1948.
(41) « Le Monde » du 19 septembre 2010.
(42) Lire « Et si on jouait à la guerre ? » de Caroline Grimberghs (« La Libre Belgique » du 13 juillet 2012).
(43) Le Monde du 20 juin 2012.
(44) Professeur de littérature comparée à l’université hébraïque de Jérusalem, fille de général et mère d’une adolescente de 14 ans morte dans un attentat suicide palestinien. Prix Sakharov 2001 et une des promotrices du « Tribunal Russell Palestine ».
(45) Texte complet sur « Euro Palestine »(http://www.europalestine.com/spip.php?article7413 ).

(46) Lire « Les 10 mythes d’Israël » de Ilan Pappé, publié par « CJPMO (Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient) (« http://www.cjpmo.org/).

(47) Lettre à Thomas L. Friedman, éditorialiste au « New York Times » (28 mars 2001).

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